Le cinéma et la télévision français perdent l'un de leurs visages les plus familiers. Christian Bujeau, le dentiste débordé des « Visiteurs » et l'inoubliable maître d'armes de « Kaamelott », est mort à 81 ans. Un comédien de l'ombre que le public adorait sans toujours connaître son nom, et dont les répliques font encore rire vingt ans plus tard.
Ce que l'on sait de sa disparition
La nouvelle est tombée le lundi 15 juin 2026. C'est son agence, Singularist, qui a annoncé le décès du comédien, une information aussitôt reprise par TF1 Info et l'ensemble de la presse. Christian Bujeau s'est éteint à 81 ans en Charente-Maritime, le département où il avait vu le jour.
Une question revient partout depuis : de quoi est-il mort ? À ce stade, la réponse est claire et il faut l'assumer telle quelle : la cause du décès n'a pas été communiquée. Ni l'agence ni la famille n'ont précisé les circonstances de sa disparition, ni la date des obsèques. Inutile, donc, de courir après une explication médicale : il n'y en a pas eu d'officielle. On sait seulement que l'acteur, discret jusqu'au bout, n'avait plus tourné depuis 2024.
De Charron aux planches : un comédien complet
Christian Bujeau naît le 14 octobre 1944 à Charron, un village de Charente-Maritime. Très tôt, il choisit la scène et entre au Conservatoire national supérieur d'art dramatique de Paris, où il décroche un deuxième prix de comédie en 1970.
Avant d'être un visage, il est d'abord un homme de théâtre. Il joue Ionesco (« La Leçon »), Feydeau (« La Dame de chez Maxim »), Giraudoux ou Sacha Guitry, et passe volontiers de l'autre côté du plateau comme metteur en scène. Il transmettra même son métier, professeur d'art dramatique à l'école Jean Périmony. Détail qui changera tout : Bujeau est aussi cascadeur. Cavalier, maître d'armes, formé par des pointures du métier, il a même participé à des tournois de chevalerie. Ce savoir-faire, rare chez un comédien, finira par lui offrir son rôle le plus culte.
Le dentiste des « Visiteurs », la bascule grand public
Pendant des années, il enchaîne les seconds rôles sans que le grand public retienne son nom. Tout change en 1993 avec « Les Visiteurs » de Jean-Marie Poiré. Il y campe Jean-Pierre Goulard, le dentiste tiré à quatre épingles et époux de Béatrice de Montmirail (Valérie Lemercier), témoin atterré des ravages de Godefroy (Jean Reno) et de Jacquouille la Fripouille (Christian Clavier).
Le triomphe est total. Bujeau reprend le personnage en 1998 dans « Les Couloirs du temps : Les Visiteurs 2 ». Avec son flegme habituel, il expliquait avoir accepté le film « parce qu'il aimait ses enfants et qu'il voulait qu'ils bouffent ». On le reverra dans une longue série de comédies populaires : « Pédale douce », « La Vérité si je mens ! 2 », « Le Retour du héros » ou encore « Alibi.com ». Toute sa carrière de cinéma est d'ailleurs détaillée sur sa fiche AlloCiné.
« Kaamelott » : le maître d'armes, culte malgré lui
L'autre grand rôle de sa vie, il le doit à son passé de cascadeur. Quand Alexandre Astier l'entend raconter ses années de cavalier, le créateur de Kaamelott lui taille un personnage sur mesure : le maître d'armes, entraîneur tonitruant et désespéré du roi Arthur. De 2004 à 2009, à travers les six livres de la série diffusée sur M6, Bujeau impose une silhouette et un débit inimitables. Ses tirades fleuries, lâchées à un roi Arthur contre qui il a « l'impression de se battre contre une vieille », sont devenues des classiques que les fans se récitent encore.
« Comme je lui avais parlé de mon passé de cascadeur à cheval, il a inventé pour moi le rôle du maître d'armes. On a passé cinq merveilleuses années ensemble. » — Christian Bujeau
Pourquoi il manquait au film « Kaamelott : Premier Volet »
À la sortie de « Kaamelott : Premier Volet » en 2021, beaucoup de fans ont cherché en vain leur maître d'armes préféré. Son absence a nourri toutes sortes de théories. La réalité est plus simple, et il n'a jamais été question de brouille : en passant au grand écran, Alexandre Astier a recentré son récit sur les personnages au cœur de l'intrigue, comme l'a rappelé Télé Star. Comme d'autres seconds rôles adorés du public, le maître d'armes n'y avait pas sa place. Un choix d'écriture, rien de plus — qui n'a jamais entamé l'attachement des spectateurs au personnage.
| Christian Bujeau en bref | Détail |
|---|---|
| Naissance | 14 octobre 1944 à Charron (Charente-Maritime) |
| Formation | Conservatoire national supérieur d'art dramatique ; cascadeur et maître d'armes |
| Rôles cultes | Jean-Pierre Goulard (« Les Visiteurs ») ; le maître d'armes (« Kaamelott ») |
| Autres rôles | « Hero Corp », « Pédale douce », « La Vérité si je mens ! 2 », la comédie musicale « Sister Act » |
| Dernière apparition | 2024, dans le téléfilm « Sur la dalle » de Josée Dayan |
| Décès | 15 juin 2026, à 81 ans, en Charente-Maritime |
Un éternel second rôle qui restera
Entre deux films, Christian Bujeau n'a jamais vraiment quitté le plateau. On l'a vu dans « Hero Corp » de Simon Astier, où il incarnait The Lord, le grand méchant de la série, dans une foule de feuilletons français (« Julie Lescaut », « Louis la Brocante », « Joséphine, ange gardien », « Scènes de ménages »), et même sur la scène du théâtre Mogador, en 2012, dans la comédie musicale « Sister Act ». Sa toute dernière apparition remonte à 2024, dans le téléfilm « Sur la dalle » de Josée Dayan, face à Yvan Attal.
Il restera ce que les Anglo-Saxons appellent un « character actor » : un acteur dont on oublie le nom mais jamais la tête, ni la voix. Sur News So, retrouvez d'autres portraits de personnalités françaises, de Nicole Croisille à Christophe Beaugrand. Pour Christian Bujeau, le rideau est tombé — mais le maître d'armes, lui, continuera longtemps de hurler ses ordres dans nos mémoires.