« Ça fait 10 ans que je veux arrêter le rap, mais 10 ans que je continue pour les gens. » C'est avec cette phrase, lâchée devant ses proches, que s'ouvre « Ninho : le prix à payer », le documentaire mis en ligne par Netflix le mercredi 4 novembre 2026. La question d'une retraite revient aussitôt. Le détenteur du record français de singles certifiés est-il vraiment sur le départ ? Voici ce que montre le film, et ce que disent les faits.

Le documentaire en un coup d'œil

QuestionRéponse
TitreNinho : le prix à payer
Où le voir ?Sur Netflix, depuis le mercredi 4 novembre 2026
Durée1 h 35, selon Le Figaro
RéalisationThibaut de Longeville et Yanis Tiliouine (GQ crédite aussi Jules Renault)
ProductionNinho est coproducteur du film
TournageLes caméras le suivent depuis 2022
Qui témoigne ?Sa mère, son ami d'enfance Yaro, les rappeurs Niska et Leto, entre autres proches
Annonce-t-il sa retraite ?Non. Il dit y penser, sans fixer de date

« 10 ans que je veux arrêter » : la phrase qui a tout déclenché

Le film ne cache pas son fil rouge. Ninho, 30 ans, William Nzobazola à l'état civil, y évoque les vertiges de la célébrité et son rapport ambivalent à la musique. Un ami résume le personnage : un homme « qui a toujours voulu percer dans le rap, mais n'a pas voulu devenir une vedette ». Selon l'entourage interrogé, il a hésité plusieurs fois à raccrocher.

GQ décrit aussi une courte scène, filmée en plein déjeuner, où le rappeur évoque son envie d'abandonner la musique. Un ami, gêné, lance alors : « Faut pas filmer ça. » Trop tard, la scène est dans le montage.

Le réalisateur Thibaut de Longeville, déjà derrière la série DJ Mehdi : Made in France, l'assume auprès de l'AFP :

« Il y a un vrai mystère autour de Ninho. C'est super intéressant d'avoir un artiste au sommet qui te dit qu'il va peut-être arrêter. »

Ce doute ne date pas d'hier. En quittant la scène du Stade de France en mai 2025, il avait lancé à son public : « On se reverra, ou peut-être pas. » Et en 2024, après l'album GOAT avec Niska, il expliquait vouloir sortir encore deux albums avant de tout arrêter, rappellent Télé-Loisirs et Générations.

Ce que le film raconte de sa vie

Une agression à l'adolescence

Né le 2 avril 1996 à Longjumeau, Ninho grandit à Yerres, dans l'Essonne. Fils du chanteur congolais de rumba Serge Kiambukuta, il est élevé par une mère infirmière, très croyante, qui ne voulait pas entendre parler de rap. « Moi, je voulais le voir avocat, médecin ou autre grand métier », confie-t-elle face caméra.

L'adolescence bascule avec les rivalités entre bandes de quartiers. Dans le film, Ninho raconte une agression dont il n'avait jamais parlé : pris en embuscade par une bande rivale, il dit avoir été enterré vivant dans une forêt, rapportent GQ et Le Parisien. Il en sort grièvement blessé, selon Télé-Loisirs. Ses parents déménagent alors à Nemours, en Seine-et-Marne, pour l'éloigner. C'est là qu'il se met à écrire sérieusement.

Un litige autour de sa rémunération

Pour GQ, c'est de loin la partie la plus intéressante du film. Après la tournée de l'album Destin (2019), plus de 70 dates, Ninho dit avoir eu un doute sur les recettes. Il appelle Niska pour comparer ce que rapporte une tournée de cette taille. Le montant que lui donne son ami est très loin de ce qu'il a touché, raconte-t-il.

Dans le film, Ninho raconte des litiges avec son ancien producteur autour de sa rémunération, et dévoile les chiffres de son contrat avec le label Mal Luné, rapporte Le Figaro. C'est sa version : les fondateurs du label n'y prennent pas la parole, précise GQ. Selon Générations, le litige a été réglé avec l'aide de son avocate. Il rejoint ensuite Warner, en 2021, l'année de l'album Jefe. « Je suis pas dans la boucle quand ça mange », résume-t-il dans le film.

Intimidations et vie personnelle

Ninho et ses proches évoquent aussi les jalousies et les intimidations attirées par l'argent, et des faits de racket qu'il dit avoir subis à cause de sa notoriété. Le film aborde aussi des moments plus intimes : la mort de son père et la naissance de son fils. « Être dans une telle intimité, c'est périlleux », reconnaît Yanis Tiliouine. « Il a fallu beaucoup filmer pour qu'il me fasse suffisamment confiance. »

Alors, Ninho va-t-il vraiment arrêter ?

Le film ne donne aucune date d'arrêt. Ninho y dit penser à partir depuis dix ans, mais son agenda, lui, est plein :

  • M.I.L.S 4, sa mixtape, est sortie en janvier 2026.
  • Une édition deluxe avec six titres inédits est annoncée pour le 20 novembre 2026, dont « Bracelet » avec La Rvfleuze, déjà disponible.
  • Le Quattro Tour, une trentaine de dates en France à partir de janvier 2027, a été annoncé fin juin. Les villes et les salles sont dans notre article sur le Quattro Tour de Ninho.
  • À la mi-octobre, il était encore sur la scène de l'Accor Arena lors du concert de Gradur, note Le Figaro.

Le paradoxe est là : l'homme qui parle de partir détient le record français de singles certifiés. Selon Générations et Télé-Loisirs, il en compte 210 singles d'or, 148 de platine et 89 de diamant. Il cumule 8,6 millions d'auditeurs mensuels sur Spotify, selon 20 Minutes. Les 2 et 3 mai 2025, il a été le premier rappeur francophone à remplir deux soirs de suite le Stade de France, soit plus de 160 000 spectateurs.

En clair : Ninho dit vouloir arrêter le rap depuis dix ans, mais il n'a annoncé aucune date de fin, et une tournée est annoncée pour 2027.

Un portrait à prendre comme le récit de Ninho

Le film a un angle assumé. Les conflits, notamment avec son ancien producteur, ne sont racontés que du point de vue du rappeur et de ses proches, sans contradictoire, relève 20 Minutes. « Il y a un parti pris narratif. C'est le film de Ninho et c'est son histoire », répond Thibaut de Longeville. GQ note d'ailleurs que les fondateurs de Mal Luné sont « les grands absents du documentaire ».

Le documentaire sort seize jours avant la réédition de M.I.L.S 4. Et il n'est pas seul : selon Le Figaro, Koba LaD et SDM ont aussi droit à leur documentaire ce mois de novembre.

Ce que l'on sait, c'est que Ninho a fixé ses prochains rendez-vous : le 20 novembre pour la deluxe, puis la route à partir de janvier 2027. Pour la retraite, on attendra qu'il l'annonce lui-même.